Empoisonnement au lys chez le chat : symptômes, diagnostic et traitement

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L’objectif de cet article est de fournir un résumé clair, précis et accessible sur l’empoisonnement aux lys chez les chats. Il s’agit d’un risque fréquent, souvent méconnu des propriétaires de chats, du grand public, et même des fleuristes, qui vendent des lys seuls ou en compositions florales sans toujours connaître leur danger pour les félins.

À propos de l’empoisonnement au lys chez les chats

Les lys sont de magnifiques plantes parfumées, que l’on peut conserver comme plantes d’intérieur, acheter en fleurs coupées pour décorer la maison ou offrir en cadeau. Ils se distinguent par leur feuillage vert luxuriant et leurs grandes fleurs exotiques riches en pollen.

Cependant, il est essentiel de les manipuler avec une grande prudence dans les foyers où vivent des chats. Les lys sont extrêmement toxiques pour eux et peuvent provoquer une insuffisance rénale rapide, souvent mortelle. Les humains, les chiens et d’autres animaux ne sont pas affectés par cette toxicité, ce qui explique en partie que le danger pour les chats reste encore trop méconnu.

Une intervention vétérinaire rapide peut sauver la vie d’un chat victime d’une intoxication aux lys.

Quels sont les différents types de lys ?

Toutes les plantes dont le nom contient le mot « lys » ne sont pas de véritables lys, et tous les lys ne sont pas toxiques pour les chats. Il est donc essentiel de comprendre correctement la terminologie.

Dans la classification biologique, une famille regroupe plusieurs genres, un genre comprend différentes espèces, et certaines espèces peuvent encore se subdiviser en sous-espèces ou en variétés.

La famille des Liliacées, par exemple, comprend plus de 160 genres de plantes. Parmi eux, seuls les genres Lilium (les vrais lys) et Hemerocallis (les hémérocalles) sont toxiques pour les chats. Cela signifie que 158 autres genres de cette famille ne présentent pas de danger. C’est pourquoi il est crucial de savoir exactement de quelle plante ou fleur il s’agit.

Lys toxiques

Les espèces du genre Lilium (vrais lys) comprennent :

  • L. lancifolium (lys tigré)
  • L. orientalis (lys Stargazer)
  • L. longiflorum (lys de Pâques)
  • L. asiatic (lys asiatique ou lys oriental)
  • L. elegans (lys hybride asiatique)
  • L. speciosum rubrum (lys rubrum)
  • L. umbellatum (lys des bois, lys rouge ou lys occidental)

Les espèces du genre Hemerocallis (hémérocalles) comprennent :

  • H. dumortieri / H. fulva (hémérocalle)
  • H. sieboldii (hémérocalle précoce)
  • H. graminea (hémérocalle orange)

Lys non toxiques

Certaines plantes dont le nom contient le mot « lys » ne sont en réalité pas de vrais lys et n’ont pas la même toxicité élevée que ces derniers.

Voici quelques exemples :

  • Lis de paix (Spathiphyllum) — attention, ces plantes peuvent contenir des cristaux d’oxalate provoquant une toxicité différente, beaucoup moins grave.
  • Muguet (Convallaria majalis)
  • Lys Calla (Zantedeschia)
  • Lys du Pérou (Alstroemeria spp.)

Il est donc essentiel d’identifier précisément les plantes pour évaluer correctement le risque qu’elles représentent pour vos chats.

Effets toxiques des lys

L’agent toxique exact contenu dans les lys n’a pas encore été identifié, mais il s’agirait d’un mélange de glycoalcaloïdes stéroïdiens présents dans toutes les parties de la plante — feuilles, tiges, pollen et fleurs — ces dernières étant les plus concentrées en substances toxiques.

Ces composés endommagent les mitochondries des cellules rénales et pancréatiques. L’effet le plus grave se manifeste au niveau des cellules tubulaires proximales des reins, entraînant une insuffisance rénale aiguë et ses symptômes caractéristiques.

L’ingestion d’une petite quantité de fleurs ou de feuilles de lys peut provoquer une insuffisance rénale en moins de 24 heures, menant souvent à la mort en quelques jours sans traitement. Si un chat avale plusieurs fleurs, le décès peut survenir en quelques heures seulement. Ainsi, si votre chat ingère ne serait-ce qu’un petit morceau de lys, il doit être conduit en urgence chez un vétérinaire.

Certains chats semblent attirés par les lys et cherchent à en manger. Les propriétaires doivent donc redoubler de vigilance : il est souvent plus sûr de ne pas en avoir du tout à la maison, plutôt que d’essayer de les garder hors de portée. Les chats sont des grimpeurs agiles et ingénieux, capables de franchir presque tous les obstacles pour atteindre ce qui éveille leur curiosité.

Symptômes d’empoisonnement au lys chez les chats

chat sentant une fleur de lys

Il est essentiel d’emmener sans délai tout chat ayant été exposé à des lys chez un vétérinaire, afin qu’il reçoive des soins rapides et vitaux.

Les symptômes observés chez les chats victimes d’une intoxication au lys reflètent l’insuffisance rénale aiguë provoquée par les dommages causés aux reins et au pancréas par les composants toxiques de la plante. Les premiers signes visibles pour le propriétaire comprennent une perte d’appétit, un état d’apathie et des vomissements, apparaissant souvent quelques heures seulement après l’exposition au lys.

Il est crucial d’emmener immédiatement le chat chez un vétérinaire à ce stade précoce, afin qu’il puisse recevoir des soins rapides et vitaux.

Même sans intervention, ces premiers symptômes peuvent parfois sembler s’atténuer, donnant l’illusion que la situation s’améliore. Pourtant, en réalité, les lésions rénales continuent de progresser. Le lendemain, les signes réapparaissent avec une gravité accrue : abattement profond, effondrement, vomissements répétés, salivation excessive, vocalisations intenses, ainsi que des troubles neurologiques tels que des tremblements, une perte de coordination ou, dans certains cas, des convulsions.

Ces manifestations sont principalement liées à l’insuffisance rénale, mais des atteintes pancréatiques persistantes peuvent également contribuer à l’aggravation de l’état du chat.

Diagnostic de l’intoxication au lys chez le chat

Dans de nombreux cas, l’intoxication au lys peut être rapidement suspectée : il suffit souvent d’un antécédent d’exposition connue à la plante, suivi d’un malaise chez le chat, pour que le vétérinaire pose un diagnostic présomptif d’empoisonnement.

Dans d’autres situations, lorsque l’exposition n’a pas été observée, un chat peut simplement présenter des signes évocateurs. Le vétérinaire devra alors suivre un processus diagnostique plus approfondi afin d’identifier la cause exacte des symptômes.

Il peut être utile de consulter des sites Internet d’identification des plantes, de contacter une ligne d’assistance antipoison pour animaux, un centre antipoison vétérinaire, ou encore la bibliothèque de conseils antipoison de l’ASPCA pour obtenir des informations supplémentaires.

Prise d’antécédents détaillés

Votre vétérinaire examinera en détail tous les aspects de la vie de votre chat afin de rechercher d’éventuels indices, notamment une exposition possible à des substances toxiques comme les lys. Il pourra vous interroger sur l’appétit de votre chat, sa fréquence de miction et tout autre signe clinique que vous auriez pu observer.

Examen physique

Votre vétérinaire procédera à un examen attentif et complet de votre chat, afin d’écarter d’autres causes possibles des symptômes observés. Si votre chat présente des signes tels que des tremblements, une incoordination ou des convulsions, un examen neurologique approfondi sera également réalisé.

Analyses sanguines de routine et autres travaux de laboratoire

Votre vétérinaire vous proposera probablement de réaliser des analyses sanguines, comprenant la série habituelle de tests diagnostiques, tels que l’hématologie (numération globulaire complète) et les profils biochimiques.

Les résultats mettront souvent en évidence des signes compatibles avec une atteinte rénale ou une insuffisance rénale, notamment une augmentation de la créatinine, de l’urée et du phosphore. Des taux élevés d’amylase et de lipase peuvent également être observés, indiquant une lésion pancréatique. Dans les cas les plus graves, on peut constater une hyperkaliémie (taux élevé de potassium).

Des analyses d’urine peuvent aussi être effectuées. Elles révèlent souvent des anomalies telles que la présence de protéines et de glucose sur la bandelette réactive, une urine trop diluée (isosthénurie, avec une densité comprise entre 1,008 et 1,012), ainsi que la présence de cellules épithéliales rénales et de cylindres dans le sédiment urinaire.

Autres examens

  • Une échographie abdominale peut révéler une augmentation de la taille des reins, signe fréquent d’atteinte rénale.
  • Un ECG (électrocardiogramme) peut également être réalisé afin de détecter une éventuelle arythmie cardiaque, c’est-à-dire un rythme cardiaque irrégulier.

Traitement de l’intoxication au lys chez le chat

chat couché sur la table d'examen

Le pronostic dépend du niveau d’exposition au lys, de la gravité de l’insuffisance rénale et de la rapidité de la prise en charge vétérinaire. Une intervention précoce peut faire une différence décisive dans les chances de survie du chat.

Le traitement de l’intoxication par le lys implique généralement trois aspects :

1. Décontamination

Le traitement vise avant tout à éliminer toute trace de lys du corps du chat, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, afin d’éviter toute nouvelle absorption des toxines.

L’élimination des substances présentes dans le système digestif peut être tentée par différentes méthodes : induction de vomissements, lavage gastrique, administration orale de charbon actif pour bloquer l’absorption des toxines par les intestins, et lavements afin de favoriser leur évacuation rapide par les selles.

Si des particules de lys sont présentes à la surface du corps — par exemple du pollen collé au pelage —, le chat devra être lavé avec un shampoing doux afin d’éliminer toute trace potentiellement toxique.

2. Traitement général immédiat

La priorité initiale consiste à stabiliser les signes d’empoisonnement présentés par le chat :

  • Antiémétiques pour stopper les vomissements répétés.
  • Médicaments antiépileptiques si le chat présente des contractions musculaires ou des convulsions.
  • Perfusion intraveineuse pour réduire l’impact des toxines sur les reins et le pancréas.
  • Médicaments pour corriger les anomalies électrolytiques, comme un taux de potassium élevé.
  • Autres traitements spécifiques, si nécessaire, pour atténuer tout autre symptôme observé chez le chat.

3. Traitement à long terme

Tant que le chat urine normalement (c’est-à-dire que ses reins ne sont pas complètement « fermés »), il reçoit des perfusions intraveineuses : d’abord pour corriger la déshydratation, puis pendant 2 à 3 jours pour effectuer ce que l’on appelle une diurèse liquidienne. Cette procédure permet de nettoyer les reins, de favoriser l’élimination des toxines par l’urine et de soutenir la fonction rénale.

Dans certains cas, une dialyse péritonéale — utilisant la cavité abdominale comme une machine de dialyse naturelle — a été pratiquée. L’hémodialyse complète, similaire à celle utilisée chez l’homme, est également théoriquement possible, tout comme la transplantation rénale dans les cas d’insuffisance rénale terminale.

Les chats souffrant d’insuffisance rénale peuvent développer une inflammation et des ulcérations de l’estomac et du tube digestif. Des protecteurs gastriques et antiacides sont souvent prescrits pour prévenir et traiter ces complications.

D’autres traitements peuvent inclure des régimes alimentaires spécialement formulés pour soutenir les reins, ainsi que des médicaments comme les liants de phosphate en cas d’hyperphosphatémie.

Pronostic

Le pronostic dépend du niveau d’exposition au lys, de la gravité de l’insuffisance rénale et de la rapidité de l’intervention vétérinaire. Un traitement précoce, dans les heures qui suivent l’ingestion, fait une différence déterminante. Selon une étude, il a permis à 90 % des chats empoisonnés de survivre et de retrouver une vie normale et saine, sans insuffisance rénale à long terme.

Prévention de l’intoxication au lys chez le chat

Les lys doivent être tenus hors de portée des chats en permanence. Dans certains cas, il peut même être préférable de ne pas avoir de lys du tout dans un foyer où vivent des chats, afin d’éliminer tout risque potentiel.

Conclusion

L’intoxication par le lys est un diagnostic précis, résultant de l’ingestion de parties de la plante par les chats. Une fois la cause identifiée, un traitement intensif peut permettre de sauver la vie de l’animal.

À lire aussi : Empoisonnement chez le chat : causes, symptômes et traitement

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Dr. Pete Wedderburn, DVM

Le Dr Pete Wedderburn a obtenu son diplôme de vétérinaire à Édimbourg en 1985 et dirige son propre cabinet de 4 vétérinaires pour animaux de compagnie dans le comté de Wicklow, en Irlande, depuis 1991. Pete est bien connu en tant que vétérinaire médiatique avec des créneaux réguliers à la télévision nationale, à la radio et dans les journaux, y compris une chronique hebdomadaire dans le Daily Telegraph depuis 2007. Pete est connu sous le nom de « Pete the Vet » sur ses pages Facebook, Instagram et Twitter très fréquentées, publiant régulièrement des informations sur des sujets d'actualité et des cas réels de sa clinique. Il tient également un blog régulier sur www.petethevet.com. Son dernier livre : « Pet Subjects », a été publié par Aurum Press en 2017.